Plat Publié le mardi 17 février 2009 à 11h28

Marquise et sportswoman


Sa place est à part dans le monde des courses. La Marquise de Moratalla est l'une des seules propriétaires à posséder sa casaque dans les trois spécialité. Elle représente en cela l’archétype de la sportswoman aujourd’hui hélas en voie de disparition.

Sa place est à part dans le monde des courses. La Marquise de Moratalla est l'une des seules propriétaires à posséder sa casaque dans les trois spécialité. Elle représente en cela l’archétype de la sportswoman aujourd’hui hélas en voie de disparition. La marquise Soledad de Moratalla descend d’une des plus vénérables familles aristocratiques d’Espagne. Son père, le marquis Portago de Maratalla, fut, en son temps, un remarquable sportif, pratiquant assidument le golf, le voile et le polo. Grand joueur devant l’éternel, il gagna un jour, dit-on, deux millions de dollars à Monte Carlo. Esprit intrépide, il coula deux sous-marins adverses pendant la guerre civile espagnole en allant lui-même les miner… Il tenait peut-être cette bravoure de l’un de ses ancêtres, Alvar Nuñez Cabeza de Vaca (1507-1559) qui fut l’un des quatre conquistadors rescapés de la malencontreuse expédition de Floride (1527) et qui survécurent pendant huit ans grâce aux indiens avec lesquels ils commercèrent. Quand à sa mère, Olga Martin-Montis, mi-irlandais et mi- anglaise, elle aimait chasser à courre. Ce mélange des sangs espagnol, irlandais et anglais ne pouvait qu’être explosif. Né en 1928, le frère de Soledad de Moratalla, Alfonso Cabeza de Vaca, 17ème marquis de Portago, ne se montre pas moins aventureux. A dix-sept ans, il passe en avion sous un pont pour gagner un pari. Dix ans plus tard, il rate de peu une médaille aux jeux olympiques en bobsleigh. Excellent cavalier, il court en obstacles tant en France qu’en Angleterre et participe par deux fois au Grand National de Liverpool, le steeple-chase le plus difficile du monde. Dans les années 1950, il défraie la chronique hippique en montant son propre cheval Garde Toi dans la Cheltenham Gold Cup où il se classe troisième. Avec cette même monture, il remporte le Grand Prix de Pau et le Prix de Montgomery à Auteuil. Ce brillant sportif, que tous ses amis surnomment « Fon », se tue hélas en compétition automobile, le 12 mai 1957 à Brescia, alors qu’il participe avec son copilote Edmund Nelson aux mille miles au volant d’une Ferrari 315 S.

Premier grand succès

La marquise de Moratalla est encore jeune à la mort de son frère. Comme lui, elle est passionnée de cheval et de courses. Avant de disparaître, celui-ci lui a donné Cassandre, une jument qu’il ne pouvait plus monter étant devenu trop lourd. Soledad de Moratalla la marie avec Stymphale. De cette union naît Blacklock qui remporte le Grand Prix de Merano en Italie en 1962 et surtout le Prix du Président de la République à Auteuil en 1965 devant Spirou et la championne Hyères III. Il y avait vingt-huit partants et le cheval fait afficher 39/1. Avec les 200.000 francs alloués au vainqueur, sa propriétaire fait construire des boxes en dur. Si c’est en obstacles que surviennent les premières grandes joies de la marquise de Moratalla, celle-ci ne tarde à compter parmi les casaques classiques en plat grâce à des pur-sang comme The Wonder. En 1988, elle connaît la consécration suprême en voyant sa casaque triompher dans le Prix du Jockey-Club grâce à Houers After, un cheval entraîné par Patrick-Louis Biancone et monté par l’Irlandais Pat Eddery. Cette même année, elle termine tête de liste des propriétaires avec 67 victoires. Elle devance à cette occasion Mohammed Al Maktoum. Les succès vont se poursuivre dans cette discipline, notamment avec Chargé d’Affaires (Prix Morny) ou Corre Caminos (Prix Ganay), mais c’est en obstacles et au trot que ses couleurs vont le plus s’illustrer…

Reine d’Auteuil

A la fin des années 1980, la marquise de Moratalla achète trois AQPS : The Fellow, Ucello II et Ubu III. Placés à l’entraînement chez François Doumen, ceux que l’on surnommera « les trois mousquetaires », se révèlent d’extraordinaires sauteurs. A eux trois, ils totalisent quatre Grand Steeple-chase de Paris. La casaque rouge toque verte de la marquise règne alors en maîtresse sur Auteuil. Jamais propriétaire n’a connu un tel succès sur la butte Mortemart en si peu de temps… Elle devient ainsi tête de liste en obstacles de 1990 à 1995. Comme nous l’avons dit, la marquise de Moratalla est une sportswoman accomplie. Elle ne se contente donc pas de faire courir au galop, elle veut également vibrer aux exploits de ses représentants au trot, discipline pourtant assez éloignée des occupations aristocratiques et sportives de la classe à laquelle elle appartient. Elle a toujours eu quelques chevaux entraînés par la famille Kruithof, mais c’est avec Jan Jr que son écurie va le plus s‘illustrer. Lorsque l’un de ses propriétaires hollandais connaît quelques ennuis, Jan Kruithof Jr propose à la marquise de Moratalla de racheter Noble Atout et Potin d’Amour. La sportswoman est en Suisse, les chevaux en France. Ils risquent de passer sous séquestre. La somme demandée est énorme, car les deux trotteurs possèdent déjà palmarès éloquent. Soledad de Moratalla ne se décourage pas. Elle réussit à réunir l’argent en un temps record : les deux champions continueront à s’illustrer mais sous ses couleurs désormais… Si elle possède son caractère et son franc-parler sous son aspect réservé, la marquise sait jauger les hommes et les chevaux. Elle sait donc parfaitement juger du travail accompli par les uns comme par les autres. Sa cavalerie est certes fournie et répartie en plusieurs écuries, mais elle se montre fidèle en amitié et ne change pas d’entraîneur après chaque défaite… L’anglais Jimmy Fitzgerald, François Doumen, Alain de Royer-Dupré, Emmanuel Chevalier du Fau, Jan Kruithof et quelques autres reconnaissent sa passion du cheval et son engagement total dans le suivi d’une écurie. Ils savent qu’elle adore ses chevaux et quelle ne laissera jamais abuser d’eux. La marquise de Moratalla est une propriétaire comme on en rencontre peu… comme on n’en rencontre plus… Jusqu'à 970€ offerts pour parier sur les courses hippiques !
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  • 0 Reco mitchymitcha à 21/01/2012 à 16:23

    Tout à fait d' accord, c' est une femme comme on n' en rencontre qu' une fois dans sa vie. Et, c' est une chance immense d' être son amie.

  • 1 Reco dubroca à 12/01/2011 à 17:44

    la marquise elle est énorme en plus elle habite a côté de chez moi

  • 0 Reco pargade à 03/12/2010 à 08:31

    il est vrais que la marquise de Moratalla est une femme extraordinaire . ayant été jockey a pau chez monsieur hovelaque on avait des chevaux a la marquise, et je me rappelle quand la marquise venait rendre visite a l'écurie elle avait toujours un mot gentil pour les apprentis ...
    je garde après ses années (40 ans )un tendre souvenir de cette VRAIS femme noble.
    tendre pensées a vous madame