Plat Publié le lundi 4 août 2008 à 15h56

La légendaire casaque Levesque


La casaque jaune, croix de Lorraine, brassards et toque noirs est l'une des plus connues dans le trot français. Créée avant la seconde guerre mondiale, Henri Levesque était loin d'imaginer que ses champions allaient la faire autant briller.

La casaque jaune, croix de Lorraine, brassards et toque noirs est l'une des plus connues dans le trot français. Créée avant la seconde guerre mondiale, Henri Levesque était loin d'imaginer que ses champions allaient la faire autant briller. Henri Levesque est un homme avisé. Il a pratiqué le cross très tôt et il sait que les jours de pluie, lorsque la boue macule le corps du cheval et celui de son cavalier, l’une des couleurs qui ressort le plus est le jaune. C’est donc celui-ci qu’il prend comme colorie dominante pour sa jeune casaque. Les débuts de l’écurie sont assez modestes. Henri Levesque achète des chevaux chez les éleveurs de la Manche, mais sans toujours connaître le succès. Parallèlement, il se lance dans l’élevage. Il doit patienter de longues années avant de toucher son premier classique, Fugia. C’est une jument comme on en rencontre une toutes les décennies sous la selle. Dans cette discipline, elle ne craint personne et bat régulièrement tous les meilleurs chevaux qui lui sont opposés. Tous sauf un : Fandango. Lui, c’est un cheval comme on en rencontre un tous les siècles au monté… Battu et rebattu par Fandango, Henri Levesque doit encore attendre quelques années pour tenir enfin son premier champion et voir son nom briller réellement dans l’empyrée du trotting. Avec Icare IV, il va pouvoir réaliser son rêve : disputer le Prix d’Amérique. Henri Levesque est loin de se douter qu’il n’est que le premier d’une longue série qui verra encore 24 fois ses représentants s’aligner au départ de l’épreuve…

Masina la grande

La casaque Levesque réapparaît deux ans plus tard. Elle est portée par Masina, une immense jument (1,70m) aux allures masculines, bien qu’on l’ait baptisée du nom d’une actrice italienne : Giulietta Masina. Cette véritable force de la nature dotée de battues énormes est capable de battre n’importe qu’elle adversaire, y comprit elle-même… Lorsqu’elle ne rate pas ses départs, elle se met à la faute, ou bien encore fait les deux. Avec elle, c’est tout ou rien. Après une victoire époustouflante dans le Prix de Cornulier 1961, elle s’impose devant le champion italien Tornese dans le Prix d’Amérique pilotée par François Brohier. L’année suivante, c’est le même scénario ou presque. Elle enlève avec brio le Prix de Cornulier, mais échoue de justesse dans le Prix d’Amérique, battue par Newstar à laquelle elle rendait 25 mètres. Henri Levesque n’attend pas longtemps pour voir arriver un nouveau champion dans ses écuries. Celui qu’il surnomme affectueusement « mon petit lapin » s’appelle en réalité Oscar RL. C’est un petit cheval, bien brave, malin comme un singe et qui n’a pas son pareil pour se faufiler dans les failles du peloton. Une véritable anguille ! Avec lui, Henri Levesque termine deuxième en 1963, troisième en 1965, non placé en 1966, deuxième en 1967 et septième en 1968. Excepté en 1967, c’est toujours lui qui l’a drivé. Monsieur Henri ne l’a jamais caché : Oscar RL était son « chouchou ». En fait, le seul défaut de ce cheval courageux à l’extrême aura été de manquer de chance en tombant sur sa compagne d’écurie Roquépine qui lui volera à chaque fois la vedette. Inoubliable Roquépine C’est au milieu des années 1960 que la casaque jaune à la croix de Lorraine noire va connaître son apogée. Jusque-là, elle a été défendue par des champions comme Icare IV, La Champagne, Masina, Oscar RL ou Quovaria. Cette fois-ci, elle va l’être par un véritable phénomène : Roquépine, l’une des quatre meilleures juments du siècle avec Uranie, Gélinotte et Une de Mai. Avec elle, Henri Levesque ne va pas gagner seulement le Prix d’Amérique, il va tout gagner. Seul, par la suite, Idéal du Gazeau pourra offrir un palmarès aussi fourni tant en France qu’à l’étranger… Piloté par Jean-René Gougeon, Roquépine remporte son premier Prix d’Amérique en 1966, malgré la fin de course étourdissante de l’américaine Elma, elle-même considérée comme une championne. La victoire est nette mais acquise toutefois de justesse dans le temps record de 1’18’’6. Oscar RL et Quovaria, qui couraient également dans l’épreuve, finissent non placés. Henri Levesque au sulky de Roquépine et Jean-René à celui d’Oscar RL forment dans cet ordre l’arrivée du Prix d’Amérique 1967. C’est presque une histoire de famille. En 1968, Roquépine semble moins dominatrice. Jean-René qui la pilote paraît moins sûr de sa partenaire. Il est vrai que les dernières courses de celle-ci ne l’ont guère montrée à son avantage. De plus, elle a grossi, ce qui n’est jamais bon signe chez un athlète la veille d’une compétition. De fait, la championne trotte moins vite qu’en 1966 (1’19’’1), mais tout de même suffisamment vite pour battre Tony M et Tabriz. A sa descente de sulky, Jean-René Gougeon déclare seulement : « C’est la plus facile des trois victoires de Roquépine… » En 1969, Henri Levesque affiche une foi inébranlable en la victoire de Roquépine. Véritable espérance ou simple bluff pour ses adversaires ? Toujours est-il qu’il aligne un tandem redoutable composé de Roquépine - pilotée par Roger Baudron - et d’Upsalin - confié à Louis Sauvé. L’écurie de Montesson lui oppose un tandem non moins redoutable : Une de Mai et Toscan. Finalement, c’est l’inattendu Upsalin qui fait triompher la casaque jaune en s’imposant devant Une de Mai et Toscan. Roquépine termine septième, noyée dans le peloton.

Hadol le malheureux

Lorsqu’il entre en piste le 29 janvier 1978, Hadol du Vivier compte vingt-deux victoires en vingt-trois sorties – sans un mauvais départ, il serait resté invaincu. C’est un véritable phénomène, un oiseau rare, mais aussi – bien involontairement – un oiseau de malheur. Sans le savoir, il va marquer le début d’une longue série noire pour la casaque Levesque. Grand favori de l’épreuve, Hadol du Vivier, qui est drivé par Jean-René Gougeon, termine quatrième à la déception générale. Son propriétaire n’assistera pas à la suite de sa carrière, car il décède en décembre de la même année. Un instant, on craint de voir la casaque Levesque disparaître des hippodromes et d’assister à la déliquescence de l’empire fondé par le grand propriétaire en raison des sombres histoires d’héritage qu’entraînent toujours les problèmes de succession. Il n’en est rien. En 1992, l’écurie Levesque présente Tak Tak. C’est un brave trotteur. Ses chances sont cependant assez minces face à des chevaux de la trempe d’Ultra Ducal, Queen L ou Virstly Gédé. Piloté par Pierre Levesque, il parvient à se classer huitième devançant tout de même dix des meilleurs trotteurs européens. Ce sera là le chant du cygne de la légendaire casaque. Le nom de Levesque ne disparaîtra cependant pas pour autant du livre d’or du Prix d‘Amérique. En 2007, Pierre Levesque, petit-fils du grand propriétaire, gagnera la prestigieuse course avec Offshore Dream, un cheval dont il est l’entraîneur et le pilote… Jusqu'à 600€ offerts pour parier sur les courses hippiques !